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Les friperies, bien avant le prêt-à-porter.

friperies : kiloshop
Kilo Shop aux Ateliers Gaîté, Paris. © Issia Bourel

Symbole de ce que l’on appelle aujourd’hui « la seconde main », la friperie existe depuis plusieurs siècles. Pilier du commerce populaire du vêtement au Moyen Age, elle s’est établie au Carreau du Temple au 19e siècle, forte et structurée.

Si depuis quelques années, le marché de la fripe, promu pour son impact positif sur la planète, connait un succès grandissant, il n’en demeure pas moins qu’il manque encore d’ampleur et d’ancrage.

En plein essor, le marché de la seconde main pourrait atteindre 74 milliards d’euros en 2030 (84 milliards de dollars) selon le rapport annuel 2021 du géant américain de la revente Thred Up. Un système vertueux, développé pour limiter le réchauffement climatique auquel l’industrie de la mode, responsable d’environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contribue fortement.

Selon l’enseigne CrushON, 10,5M de tonnes de vêtements sont jetés par an, simplement aux États-Unis. Soit trois fois le poids de l’Empire State Building ! « Nous achetons 60 % plus de vêtements que nous conservons 2 fois moins longtemps qu’il y a 15 ans » précise la marketplace qui s’est donné pour mission de démocratiser le vintage et de rendre accessible la mode circulaire au sein des marques de mode et enseignes historiques, en ligne et en physique.

L’offre pléthorique de vêtements à laquelle nous sommes exposés, totalement anormale, incarne le vestige d’une société de consommation industrielle dont nos grands-parents n’avaient que faire. Mais en dehors de quelques réseaux d’enseignes comme Kilo Shop, Hippy Market ou aux Etats-Unis la plateforme Poshmark, l’offre de seconde main manque de structure et d’ancrage. La démarche de ceux qui consomment de l’occasion via des friperies ou des applications comme leboncoin ou Vinted reste à la marge. 

friperies : Bij Ons Vintage Amsterdam
Bij Ons Vintage, Amsterdam. © Coralie Abram-Palti

Pilier du commerce au Moyen-Âge et matière à toutes les contestations au XXe siècle.

 

Il fut un temps où la friperie occupait pourtant une place de premier ordre. Ses origines remonteraient au Moyen-Âge, où elle était un pilier du commerce. 

Seules les personnes riches, liées à la noblesse ou à la riche bourgeoisie, avaient en effet les moyens financiers pour s’offrir assez régulièrement des vêtements neufs, confectionnés sur mesure. Et puisque le « prêt à porter » n’existait pas, le reste de la population avait recours aux friperies pour se vêtir sans débourser de fortes sommes. Le Mercato Vecchio de Florence était par exemple réputé pour ses vêtements d’occasion de qualité à bas prix.

 

Au fur et à mesure de l’histoire, la guilde de la friperie s’est formée et une rivalité féroce a opposé les commerçants du neuf – les tailleurs ou les vendeurs de tissus avant le prêt à porter – et les fripiers étaliers qui fréquentaient notamment le Carreau du Temple dans les années 1850. Le Quartier du Marais était alors la plaque tournante du commerce fripier. En 1860, près de 18 tonnes de vêtements y étaient exportées et 260 tonnes importées. Il faudra attendre le XXème siècle, plus particulièrement dans les années 70 pour avoir une décentralisation de la fripe, vers Saint-Ouen, Montreuil et Vanves.

 

 « Autour de la fripe, on peut suivre la fabrication des identités dans une société où les apparences vestimentaires se réinventent, analyse Manuel Charpy (historien, Université Lille 2) dans un podcast proposé par l’Institut de la Mode. Mode de consommation volontairement marginale, la fripe s’est développée contre l’uniforme bourgeois puis contre le prêt-à-porter, considéré comme un emblème de la société de consommation. Vêtements anciens, vêtements uniques car marqués par l’histoire, uniformes militaires dégradés… : la fripe offre une matière à toutes les contestations ».

 

En 2023, la seconde main s’est démocratisée mais doit encore se structurer.

 

L’urgence écologique pousse de plus en plus de citoyens à consommer mieux et moins. D’après Thomas Delattre professeur à l’IFM (Institut Française de la Mode), à la question « Pourquoi consommer des vêtements de seconde main ? », 45% des personnes interrogées ont évoqué l’écologique et/ou l’éthique.

En France, de nombreuses marques proposent aujourd’hui des vêtements de seconde main : Petit Bateau, Balzac Paris, Aigle ou encore Isabelle Marant… 

Mais les offres restent encore éparpillées, manquant d’une structure commune qui les rendraient plus visibles. C’est d’ailleurs l’idée qui se cache derrière la création de CrushON qui rassemble « les commerçants professionnels de la mode circulaires (friperies professionnelles, créateurs upcycling et recycleurs de mode de seconde-main) pour les connecter aux canaux de distributions traditionnels de marques et de grands retailers de mode, auxquels ils n’auraient pas accès autrement ».


Souhaitons que la seconde main ne soit pas un achat « complexé », lié à la situation économique et au rejet d’une Fast Fashion destructrice. Il est en effet temps de revenir au bonnes vieilles méthodes…. sans complexe.

Awoke Vintage, Brooklyn, New York. © Arnaud Thizy