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La place des robots dans le retail de demain.

Robots

Aujourd’hui, les progrès réalisés par l’intelligence artificielle et les technologies d’automatisation laissent entrevoir un avenir où les robots joueront un rôle de plus en plus important auprès des retailers, aussi bien dans les entrepôts que dans les points de vente. À quoi peut-on s’attendre ?

 

Très éloignées de l’image d’Épinal façonnée par la science-fiction au 20ème siècle, les technologies robotiques concernent désormais un nombre croissant de secteurs d’activités et sont de plus en plus présentes dans les entreprises partout dans le monde. Dans l’industrie, leur progression est fulgurante. Selon le rapport annuel World Robotics 2023 de l’I.F.R. (International Federation of Robotics), le nombre de robots en service dans les usines et les sites de production dépasse actuellement 4 millions d’exemplaires, avec 553 052 nouvelles unités qui ont été installées en 2022. C’est trois fois plus qu’il y a dix ans. 

Cela vaut également pour le secteur du commerce. Dans de nombreuses enseignes, l’automatisation gagne du terrain pour répondre au développement exponentiel du e-commerce, qui est en très forte progression depuis la crise sanitaire. D’après l’étude Retail Automation Market Outlook: 2026, réalisée en 2023 par la cabinet de conseil Allied Market Research, le marché de l’automatisation du retail devrait atteindre 21 milliards de dollars au niveau mondial d’ici 2026, avec un taux de croissance de 11% par an. Par ailleurs, selon le livre blanc Retail Intelligent, rédigé par les experts de Verizon en 2023, 60 % des activités des retailers sont partiellement ou entièrement automatisables, avec à la clé une augmentation de leurs chiffres d’affaires de l’ordre de 10%. Un gain qui est donc tout à fait concret et qui incite actuellement de nombreux détaillants à franchir le pas. 

 De fait, alors que le coût d’acquisition d’un robot capable de réaliser des tâches complexes ne cesse de baisser d’année en année, les retailers commencent à se tourner massivement vers cette technologie prometteuse. Que peut-elle leur apporter ? Est-elle appelée à devenir un élément incontournable du commerce de demain ? 

 

Nombreux avantages.

 

Il est loin le temps où, au début des années 60, les premiers bras robotisés ont fait leur apparition dans l’industrie automobile américaine, afin de pouvoir déplacer plus facilement un objet d’un endroit à un autre sur une chaîne de montage. De plus en plus sophistiqués et habiles, boostés aux algorithmes d’intelligence artificielle, capables d’interagir avec leur environnement, les robots sont maintenant en mesure d’ intervenir à chaque étape de la chaîne de valeur des entreprises. Dans le retail, ils sont en train de révolutionner la logistique et la gestion des stocks. Dans les entrepôts, les robots de palettisation peuvent emballer les produits, les mettre dans les cartons après les avoir compté et trié, préparer les palettes et les charger de manière autonome dans les camions, en accélérant l’ensemble des processus pour réduire les délais de livraison, améliorer la satisfaction des clients et faire gagner un temps précieux aux entreprises. En 2022, aux Etats-Unis, Amazon a testé le bras robotisé Cardinal qui peut, grâce à une technologie de détection visuelle augmentée par l’intelligence artificielle, agripper en une fraction de seconde un paquet dans une pile, lire son étiquette et le ranger dans le chariot approprié, sans jamais commettre la moindre erreur. Dans un autre registre, le robot Multipal, mis au point par la start-up Promalyon, peut palettiser jusqu’à six lignes de stockage simultanément à un rythme particulièrement rapide. 

Outre l’accélération de la manutention et de l’expédition et des produits, la robotisation permet également de garantir que les commandes seront systématiquement traitées en temps et en heure, de façon précise et fiable, même si leur volume augmente subitement de manière très importante. Thomas Genestar, directeur général pour l’Europe de l’Ouest de la start-up Exotec, spécialisée dans les solutions robotiques pour le secteur du retail, explique :  « Les technologies robotiques scalables  permettent de dimensionner les dispositifs d’automatisation à l’activité du moment. Il s’agit d’ajouter des robots dans le système d’ensemble, afin de répondre aux flux générés par la demande. «  

Un cran plus loin, les « Cobots », des robots collaboratifs conçus pour travailler de concert avec des opérateurs humains, peuvent anticiper un problème et interagir avec leur environnement grâce à des dispositifs sophistiqués d’analyse et de surveillance visuelle.

Ils peuvent notamment détecter une anomalie dans le stockage des produits pour y apporter de leur propre chef une correction. Grâce au Machine Learning, ils peuvent apprendre à mieux exécuter les tâches qui leur sont confiées, ce qui étend en permanence leurs capacités. Bénéficiant d’un degré particulièrement élevé d’autonomie grâce aux des dernières technologies de sécurité, de visualisation et de navigation, le robot Proteus, qui équipe les entrepôts d’Amazon en Amérique du Nord, peut se déplacer librement pour convoyer des chariots remplis de marchandises en évitant les employés qui se trouvent sur son passage, ce qui augmente considérablement son champ d’action. 

À l’autre bout de la chaîne, les technologies robotiques permettent également d’automatiser l’acheminement des produits vers les consommateurs, en répondant mieux aux enjeux du dernier kilomètre. En 2020, l’équipementier automobile français Valeo a présenté Valeo eDeliver4U, un « droïde de livraison électrique et autonome » conçu pour le secteur de la restauration en partenariat avec Meituan Dianping, plate-forme leader en Chine de l’e-commerce pour les services, qui est capable de livrer jusqu’à 17 repas par course sans émettre de CO2. Aux États-Unis, la start-up estonienne Starship Technologies, qui a son siège social à San Francisco, a levé un total de 100 millions de dollars en 2022 pour poursuivre le développement de ses robots-livreurs Chip, Gizmo and Sunshine, qui ont déjà effectué plus de cinq millions de livraisons depuis leur création en 2014. 

 

Un retail optimisé.

 

Cette révolution concerne également les points de vente. Alors que les employés en magasin passent aujourd’hui entre 10% et 30% de leur temps de travail sur des tâches à faible valeur ajoutée, la robotique peut les décharger des opérations répétitives, chronophages et laborieuses. 

A titre d’exemple, la chaîne britannique de supermarchés Tesco a déployé les robots créés par la start-up RFspot, qui sont équipés de puces RFID (Radio Frequency Identification) et de la technologie NFC (Near Field Communication) pour scanner efficacement les rayons et identifier automatiquement les produits stockés dans ses magasins, ce qui leur permet d’effectuer un inventaire complet en une heure, alors que cette opération en prend habituellement sept, tout en réduisant considérablement le nombre d’erreurs. Par ailleurs, grâce à des capteurs de qualité, ces robots peuvent repérer les produits périmés ou défectueux et les séparer des autres. De son côté, Carrefour a opté pour le robot Tally, doté de capacités similaires par la start-up californienne Simbe Robotics, pour assurer le suivi des stocks de ses magasins implantés aux Émirats-Arabes Unis. 

Autre exemple, le robot Stockbot, qui a été inventé par la start-up espagnole Pal Robotics et qui est présent depuis quelques années dans les magasins de Décathlon,  est capable de passer automatiquement en revue les rayons, de compter les articles qui y sont présents et détecter ceux qui sont manquants en scannant les étiquettes RFID dix fois plus rapidement que ne pourrait le faire un opérateur humain. Une telle efficacité réduit l’écart entre les achats opérés par les centrales et la disponibilité des produits en magasin pour s’assurer que les articles proposés aux clients seront toujours en nombre suffisant, avec une fiabilité proche de 100%. Cela permet de faire gagner un temps considérable aux employés. Pour les retailers, la robotisation n’est pas seulement le gage d’une plus grande efficacité opérationnelle. C’est également une plus-value au service de la qualité du travail humain qui améliore le bien être des équipes. Stéphane Chabert, solution architect de la start-up Avanade, un des principaux intégrateur des technologies Microsoft en France, analyse : « Aujourd’hui, les robots et les applications d’intelligence artificielle sont des aides à la décision puissantes qui facilitent et optimisent le travail des vendeurs. Cela veut dire que le retail, comme d’autres secteurs, devra créer de nouveaux métiers et de nouveaux services. »

Demain, avec les progrès constants réalisés par l’intelligence artificielle, avec l’amélioration des technologies d’automatisation, avec la digitalisation accrue des chaînes logistiques, des entrepôts et des points de vente, les robots auront un rôle plus important dans le retail. Sans remplacer les opérateurs humains, ils aideront les détaillants à mieux gérer leurs stocks, à prévenir les ruptures d’approvisionnement, à réduire les délais de livraison. Néanmoins, la place qu’ils occuperont dépendra en grande partie de leur acceptation car ils apporteront avec eux, bien plus qu’aujourd’hui, une transformation en profondeur des pratiques qui obligera à un nouveau fonctionnement et à une nouvelle façon d’organiser les compétences. 

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